samedi 30 mars 2013

Touchée.


Ce matin, en cliquant sur ce lien, je n'imaginais pas me retrouver face à mon histoire. A notre histoire à nous toutes, nous les FuturesMamans en attente. Ces mots ont été posés en janvier 2009, mais ils sont encore aujourd'hui le reflet de notre quotidien. Je vous laisse savourer ces quelques lignes, et vous remercie d'être à nos côtés sur le chemin qui nous mène vers notre BabyChou ...



D’une certaine manière, elles ne se connaissent pas mais elles n’en forment pas moins un groupe; elles s’écrivent, tout au moins s’envoient des messages, parfois se téléphonent, en tout cas se soutiennent. Elles n’ont en commun que cette chose-là, qui les réunit, mais à ce moment-là, cette chose-là c’est toute leur vie et ça, seule l’une d’entre elles peut le comprendre. Et peu leur importe que pour le reste, qu’en dehors de ce «ça» qui les définit, elles ne se ressemblent pas forcément. 


Il y a parmi elles des blondes et des brunes, des petites et des grandes, des grosses et des minces. Trente ans à peine pour l’une, près de cinquante pour l’autre, voire plus: une génération les sépare parfois mais pour elles, ça n’a pas d’importance. Parler de leur métier ne vous renseignera pas plus: infirmière, ou secrétaire, institutrice ou directrice d’école, chef d’entreprise, musicienne… tout est possible. Leurs goûts? C’est pareil. L’une préfère le thé au café tandis que pour l’autre, c’est le contraire. Et puis celle qui préfère le thé pratique un sport alors que l’autre fait de la broderie – à moins que ce ne soit l’inverse et au fait, laquelle des deux tient un blog? Peut-être que l’une d’elles fait tout cela à la fois, ou bien encore que c’en est une autre… 


Peut-être aussi qu’une de ces femmes habite près de chez vous, à la ville ou à la campagne – ce qui ne veut pas dire que vous la connaissiez. Et même si vous la saluez à l’occasion, qui dit que vous savez son secret? Vous la voyez passer, vous apercevez un petit bout de sa vie, vous savez qu’elle a un mari – ou pas… parfois un enfant, plus rarement deux. Elle est… – comment dire? Elle est seulement… tellement comme tout le monde. 

Ça fait des années qu’elle est comme tout le monde, qu’elle vit comme tout le monde, qu’elle encaisse des chagrins, des pertes, des deuils, des ruptures. Elle fait comme tout un chacun, elle se construit avec ça. Et comme tout le monde, elle a aussi de belles choses à son actif, elle le sait et ça la rend forte. Et il faut bien qu’elle soit forte. Heureusement qu’elle est forte. 
Car ça fait un an, deux ans, trois ans… qu’elle est forte et plus forte que jamais et qu’elle sait qu’elle n’a pas le choix. Ça fait un an, deux ans, trois ans, qu’elle ne sait pas combien de temps encore elle devra tenir le coup mais qu’elle sait qu’elle tiendra. Parce qu’il le faut. Parce qu’au bout du chemin, tout là-bas, au bout de ces années d’attente, au bout de cette dépense d’énergie, au bout de ces chagrins, de ces deuils, de ces espoirs aussi, au bout d’un fil invisible qui depuis toujours relie hier à demain, aujourd’hui il y a un visage, il y a une respiration, il y a un enfant. 

Entre elles, elles s’appellent les mamans d’enfants toulabalaba. Comme bien d’autres, elles ont fait des démarches, elles détiennent un agrément pour l’adoption, elles ont constitué un dossier – plusieurs, parfois. Mais elles, elles ont cette chose en plus, que leur envient celles qui ne l’ont pas – ou qui les terrifie, ça dépend : elles ont dans leur porte-cartes et sur leur ordinateur une photo, elles peuvent murmurer un prénom et lui associer un visage, elles ne savent ni le jour ni l’heure mais elles savent où grandit leur enfant, qui il est, qui s’occupe de lui. Et du jour où elles la voient cette photo, la photo de cet enfant-là, elles savent qu’elles sont maman, curieusement maman mais maman – maman d’une photo.

Parfois – souvent – elles reçoivent des nouvelles, d’autres photos et ça dure, ça dure, ça peut durer des mois, un an, deux ans. Et l’enfant toulabalaba a ses premières dents, voilà qu’il marche, qu’il grandit sur les photos et très vite il n’est plus un bébé, ni l’enfant du premier cliché. Bien souvent, quel que soit son âge, c’est un drôle d’enfant, il a l’air triste, ou pensif – comme s’il se demandait pourquoi… pourquoi elle tarde tant à venir, cette maman toulabalaba. Comme s’il savait qu’en regardant la photo, elle allait d’abord sourire, puis pleurer, sa maman promise, sa maman d’enfant toulabalaba. Comme s’il se posait les mêmes questions qu’elle : quand ce dossier va-t-il être étudié, quand obtiendrai-je le feu vert et pourquoi cela dure-t-il aussi longtemps, devrais-je téléphoner à nouveau pour avoir des nouvelles, pour accélérer les démarches, mais à qui, n’ai-je oublié aucune pièce du dossier, ne va-t-il surgir aucun obstacle, quel délai va-t-on encore m’opposer? 
Tant de questions qui prennent toute la place, avec ce sentiment d’injustice qui les accompagne, tant elles voudraient l’avoir dans leur bras, l’enfant de la photo, l’enfant toulaba…

C’est de cela qu’elles parlent, entre elles, le soir, devant leur ordinateur, sur des listes de discussion, sur des sites dédiés, sur des blogs où elles enregistrent des commentaires, qu’elles signent de leur nom ou d’un pseudonyme – à mamans virtuelles, amies virtuelles... Elles disent où elles en sont, elles s’échangent des tuyaux, les plus avancées fournissent des explications aux autres, elles énumèrent: pré-dossier, gros dossier, légalisation, surlégalisation, entrée au Parquet, requête, audience, consentement éclairé, jugement, délai de non recours…; elles parlent des orphelinats, des pouponnières, des crèches, c’est selon; elles font des pronostics sur les dates de départ, elles saluent l’avancée des dossiers des unes et des autres, elles s’échangent les photos de leurs enfants vanille, caramel ou chocolat, bébé miel ou bébé marron, petit prince à la mèche blonde, Esméralda aux yeux de braise ou perle des Caraïbes; l’une d’elles fait des montages photographiques, les autres s’extasient, elles se congratulent, toutes se réjouissent quand enfin un enfant est arrivé, mille messages félicitent à nouveau la jeune maman – une maman qui souvent disparaît des écrans, au moins pour quelque temps, à présent qu’il y a chez elle un enfant qui n’arrive pas à s’endormir et qu’il faut consoler, à présent qu’elle peut user ses doigts autrement qu’en caressant un clavier. 

Parfois d’autres questions émergent, qui ne relèvent pas des aspects pratiques. Une future maman qui va s’orienter vers un pays dans lequel on ne procède à l’apparentement que sur place et pas à distance, et pas sur photo, ou bien une postulante qui hésite encore entre plusieurs destinations, l’une ou l’autre – l’un ou l’autre à vrai dire car parfois, c’est d’un homme qu’il s’agit – évoque le sujet, interroge, d’une toute petite voix, en cherchant les mots pour ne pas blesser… puis trébuche sur une tournure de phrase, renonce, c’est trop dur. Et c’est seulement en face de son miroir que chacune d’elles se les pose, ces questions-là: toi, maman d’enfant toulaba, dis-moi, quelle maman seras-tu pour cet enfant-là quand il va sortir de la photo, cet enfant qu’on dit le tien mais que d’autres aident à grandir, cet enfant qui pour l’instant n’a de chair et de présence que de papier et de pixels, qui n’est indocile que d’être si loin, cet enfant que tu ne berces que par la pensée et qui n’en sait rien, ou pire, cet enfant à qui on a dit qu’il avait une maman, oui, mais quel genre de maman peut bien être une maman qui le laisse grandir sans elle – et cette maman c’est toi… Sauras-tu l’aimer, cet enfant quand il sera là, quand il bougera, quand il sortira de l’écran, quand il sera lui – et non plus l’enfant dont tu rêves en regardant tes photos? 
Elles se les posent ces drôles de mamans, toutes ces questions, bien sûr qu’elles se les posent, mais elles n’ont pas les réponses, tout au moins pas toutes – ou bien elles ont des réponses, mais elles ne savent pas si ce sont les bonnes, ni même s’il en existe, de bonnes réponses, ou des mauvaises. Et comme leur vie n’est faite que de questions pour l’instant, et d’un enfant sur des photos, elles se disent que c’est avec ça qu’elles doivent tenir. Tenir. Pour leur enfant toulaba. 
Tenir. Attendre. 
Mais parfois, c’est dur. 

Car elles espèrent beaucoup mais aussi, elles tremblent, les mamans d’enfants toulaba. Et elles ont des raisons de trembler. Et parfois l’une d'elles vient hurler sa peine sur son clavier et immédiatement son message éclabousse de larmes le visage de ses amies d’adoption, ses sœurs en attente, ses compagnes de galère, il crève l’écran des forums de discussion: mon bébé est mort, dit la maman. C’était un timoun, un enfant pauvre né des plus pauvres de ce pays pauvre, un enfant né après plusieurs autres, que ses parents de naissance avait essayé de sauver en le confiant à l’adoption quand la maman n’avait plus eu de lait, mais c’était trop tard, la procédure a duré trop longtemps. Un méchant virus, la malnutrition, le manque de soins… l’enfant de la photo s’est endormi pour toujours, la maman qui lui a donné la vie ne viendra plus le bercer pas plus qu’il ne rencontrera la maman qui l’attendait, il ne prendra pas l’avion, il n’a pas pu attendre, son destin lui a filé entre les doigts. Plusieurs milliers d’enfants vivront cette année, sans lui, l’aventure qui lui était promise, plusieurs centaines d’entre eux prendront cet avion-là, celui qu’il devait prendre. Et si loin tout là-bas, dans le pays d’atterrissage de l’avion qui aurait dû être le sien et qu’il ne connaîtra jamais, c’est mille personnes au moins qui lisent ce message et pleurent son décès, le décès d’un si petit enfant, qui habitait un pays si beau mais si misérable, un gamin dont l’horizon se limitait aux murs d’un orphelinat et qui ne savait pas pourquoi on le prenait en photo régulièrement. Un enfant chétif, au visage chocolat et au ventre ballonné, que pleure une maman qui ne l’a jamais tenu dans ses bras. 

Janvier 2009

Geneviève Alméras (http://textecriturescolombines.blogspot.fr/2009/10/tout-la-bas-la-bas.html)

jeudi 28 mars 2013

34 mois

Ce mois s'est révélé particulièrement douloureux. Le départ de ma Mamie y fût pour beaucoup. Mon anniversaire également, comme tous les ans.

J'ai beaucoup espéré ce mois-ci. J'aurais tellement aimé recevoir l'appel magique. Histoire de croire à cette légende selon laquelle lorsqu'une personne quitte cette Terre, une autre prend sa place...

Rendez-vous dans 4 mois histoire de vérifier si j'ai eu raison de garder cette légende dans un coin de ma tête pendant toutes ces années ...


dimanche 24 mars 2013

De l'intérêt

de savoir donner pour pouvoir recevoir.

Cette notion est primordiale lorsque l'on se lance sur le chemin de l'adoption. Je ne suis pas en train de vous faire croire que nous sommes dans un monde merveilleux. Nous rencontrons également des couples qui se révèlent être de simples consommateurs d'informations ou de soutien. J'ose affirmer que nous ne faisons pas partie de ceux-là, et j'en suis plutôt fière.

Depuis plusieurs semaines, il m'est devenu difficile de reprendre le rôle de "la fille youpla boom, je suis heureuse avec mon projet d'adoption". J'ai donc décidé d'arrêter de me forcer à faire des choses que je n'ai pas envie de faire. Mais j'ai toujours autant envie de soutenir mes copines de parcours. Parce que se serrer les coudes est essentiel pour supporter les mois et les années que nous traversons.

Lors des dernières semaines, j'ai pu compter sur vos adorables messages qui m'ont bien souvent mis du baume au coeur. J'ai également reçu de délicates attentions, pour nous mais aussi pour notre BabyChou.  Hier, à mon tour, j'ai apporté mon soutien à une FutureMaman en attente dont le coeur était bien trop lourd. La longueur du chemin multiplie les situations de manque de nos enfants. L'arrivée des enfants bios dans nos entourages nous remet constamment face à notre attente, à nos doutes, à nos angoisses.

BabyChou, j'espère que j'arriverais à te faire ressentir combien il fût bon de donner. Mais aussi combien il fût doux de recevoir. Cela nous a permis de nous sentir vivants  De continuer à faire vivre notre projet. Pas seulement dans nos têtes. Mais aussi dans nos paroles et dans nos échanges. Tu verras, il est formidable d'aimer. Il est formidable de tout donner pour aimer.


vendredi 22 mars 2013

Acte 2: la housse de matelas à langer


Lorsque je lui avais présenté ma première réalisation en couture pour notre BabyChou, ma collègue avait complètement craqué.


Lorsqu'elle m'a fourni le tissu pour agrémenter le rideau en voile, je me suis dit qu'elle serait contente de découvrir la housse de matelas à langer assortie.

J'ai pris beaucoup de plaisir dans cette réalisation. Je trouve même que je l'ai mieux réussie que la mienne. L'expérience certainement ...


mercredi 20 mars 2013

Une place de moins!

Non, non, non. Ne vous affolez pas. La bonne nouvelle ne nous vient pas du Vietnam puisque pour le moment, c'est toujours silence complet de ce côté-là.

Un couple retenu par MDM en janvier 2010 a eu la surprise de voir un petit bonhomme de 3 mois débarqué dans leurs vies. Grâce à ce nouveau bonheur, nous grimpons d'une place dans la liste d'attente pour les enfants en bonne santé.

Il est évident que nous sommes toujours loin de but, mais c'est toujours cela de pris! Vivement que nous puissions encore progresser. Nathalie, tu sais combien nous sommes au taquet pour partager avec vous 2 une bonne nouvelle ... Punaise, j'ai hâte de vivre ce moment à vos côtés ...

Quand annoncerai-je encore une place de moins? Le mois prochain, ce sera pas mal non? Mais je suis aussi preneuse pour le mois de mars. Il est toujours permis de rêver.

mercredi 13 mars 2013

Adorable lapinou tendance JPGauthier

Il est des enveloppes surprise qui arrivent au bon moment pour mettre du baume au coeur!

Au cours d'une conversation sur les yeux pochés et fatigués, j'ai évoqué ce problème récurrent d'yeux gonflés en raison de la fatigue accumulée. Et une FutureMaman m'a proposée gentillement de me faire parvenir son produit miracle. Il est évident que j'ai accepté sa proposition de partage.

Sauf, que cette copinaute ne s'est pas contentée de m'adresser son petit "truc beauté". Non, non, non. Elle a tenu à créer un lien supplémentaire entre son Petit Chou et mon BabyChou. Ce point commun a pris la forme d'un adorable lapin aux longues z'oreilles, issu de notre collection préférée à toutes les 2! J'ai bien compris pourquoi elle s'est hâtée de me le faire parvenir. Sa douceur incite aux câlins, et c'est avec beaucoup de plaisir que je lui ai fait rejoindre ses copains qui attendent bien sagement que des petits bras viennent les serrer tendrement...

Merci d'être à nos côtés. Tu sais combien mes doigts sont croisés pour que l'appel tant attendu vienne enfin te délivrer de cette attente délirante...

BabyChou, bouges tes fesses: un copain de plus t'attend dans notre Home Sweet Home ...

lundi 11 mars 2013

Dernier ouvrage à 4 mains ...

Il y a plusieurs mois, je vous avais présenté une série de carrés tricotés mais non assemblés. N'ayant jamais cousu d'ouvrage en tricot, j'ai donc confié cette mission à ma Mamie. La veille de Noël, je suis passée la voir dans sa chambre, à la maison de retraite. Je savais qu'elle s'était penchée sur mon ouvrage, Maman me l'avait confié. C'est donc avec grand plaisir que j'ai pu ce jour-là découvrir mon plaid assemblé.

Aujourd'hui, je mesure combien j'ai eu raison de profiter de son expérience pour ce projet destiné à notre BabyChou. J'ai hâte de pouvoir faire un cliché de sa petite bouille bien au chaud sous cette couverture réalisée avec Amour ...

Je profite de ces quelques lignes pour vous remercier pour les mots délicats que vous avez laissés ici, mais aussi par mails ou par textos. Ces attentions m'ont fait un bien fou, je me suis sentie comprise et épaulée. La cérémonie de samedi s'est déroulée sous un soleil exceptionnel, ce qui a atténué la peine qui étreignait nos coeurs. Nous devons maintenant laisser le temps faire son oeuvre, et apprendre à vivre avec nos souvenirs ...

mercredi 6 mars 2013

J'ai le coeur ravagé,

les larmes me brûlent les joues, les sanglots me coupent le souffle.

Comment imaginer que je te verrais plus? Comment accepter l'idée que le cliché tant espéré ne puisse être réalisé? Comment ne pas avoir peur d'oublier ta voix peu à peu?

Ce soir, les seuls mots qui peuvent sortir de ma bouche, tels une litanie sont "Ma Mamie. Ma Mamie". Pourquoi une telle issue après 8 semaines de réanimation? Après avoir subi tant de périodes d'endormissements suivis de réveils incertains, tant de tentatives de reprise d'autonomie respiratoire qui t'ont finalement épuisée peu à peu.

Lors d'une de mes visites, alors que tu étais endormie, je t'ai parlé de nous, de notre BabyChou, des prénoms que nous envisagions. Je suis si heureuse de l'avoir fait, même si je regrette que tu emmènes ces secrets avec toi, sans pouvoir vérifier quel serait finalement le choix final ... La semaine passée, alors que tu étais éveillée, je t'ai dit combien tu comptais pour moi. Combien j'avais encore besoin de toi. Combien je brûlais de te présenter notre Petit. Tu me disais oui de la tête ... alors que tu ne désirais qu'une seule chose: quitter ce monde qui te rendait si triste ces dernières semaines.

Nous ne pouvons pas -égoïstement- souhaiter que les personnes que l'on aime restent en vie pour ne pas avoir à leur dire au revoir. Mamie, je sais que tu n'aurais pas aimé finir ta Vie de la façon dont elle se profilait. Ces derniers jours, tu as lâché prise. Tes forces s'en sont allées petit à petit. Jusqu'à ce soir.

Ce soir, mon coeur pleure. Je sais qu'il me faudra un peu de temps pour apprendre à me replonger dans les souvenirs heureux, mais je te promets de faire un effort pour sécher peu à peu ces larmes qui roulent toutes seules sur mes joues.

Tu me manques déjà, mais crois-moi, ce n'est qu'un au-revoir. Un jour, nous nous reverrons. Ma Mamie...

mardi 5 mars 2013

Acte 1: les rideaux


L'une de mes collègues a mis au monde une petite Lalia il y a une semaine.


Lors de sa grossesse, elle a traversé de profondes angoisses liées à une suspicion de trisomie 21. Notre agence étant une vraie radio tam-tam, elle a fait le choix de ne pas en parler. Seules une collègue et moi-même étions informées de la raison de son arrêt maladie. Les mauvaises langues se sont chargées d'inventer tout un tas de raisons pour justifier cette absence soudaine. Cela m'a confortée dans l'idée que je devais à tout prix protéger notre projet d'adoption, en maintenant mon rôle de trentenaire-sans enfant-heureuse de l'être...

Face à l'incertitude sur la santé de la petite Cacahuète comme nous l'appelions affectueusement, j'ai eu envie de montrer à cette FutureMaman combien sa petite était attendue. Et ce, que le risque d'anomalie soit confirmé ou non. Je lui ai donc proposé de lui coudre quelques petits "trucs" pour la chambre.

Les parents d'origine sénégalaise souhaitaient intégrer dans la décoration un tissu africain bien précis. Après un peu de torture de méninges, la FutureMaman a jeté son dévolu sur un simple rideau en voile de notre ami suédois. Je me suis alors inspirée du rideau réalisé pour la chambre de BabyChou en intégrant une bande du tissu choisi. Je ne dois avouer que le résultat me plaît bien.

Je l'ai offert il y a quelques semaines aux parents qui furent tous les 2 très satisfaits de ma réalisation. Mission accomplie. Pour mon plus grand plaisir...

lundi 4 mars 2013

Parce que cela fait du bien

de découvrir un témoignage positif de l'adoption, je partage ce texte publié ici... Je l'ai laissé tel quel pour conserver l'humour qui se dégage de ces lignes. Bonne lecture!


Annett est née sous X et elle a été adoptée pendant sa plus tendre enfance.


Je vais avoir vingt ans dans quelques mois, et je sais depuis presque aussi longtemps que j’ai été adoptée. Je suis née sous X, ce qui signifie que je n’ai aucune information concernant mes parents biologiques. Je sais où et quand je suis née, mais je ne sais pas de qui.
À la naissance, j’ai immédiatement été isolée et nommée provisoirement par les infirmières. (Je tiens d’ailleurs à les remercier. Non vraiment mesdames, merci. Si mes parents avaient conservé votre trouvaille, j’aurai porté un prénom digne d’une actrice porno élevée chez les Ingalls). Bref, quelques jours après, j’ai été recueillie par une association et placée chez une nourrice. La légende veut que ce soit une cigogne qui m’y a déposée. J’ai des doutes, mais après tout, pourquoi pas.
Je n’y ai manqué de rien, sinon d’attention : pas facile d’être un nourrisson au milieu d’une multitude d’enfants, compliqué de recevoir l’attention nécessaire à son éveil. Paraît que j’étais passée maître dans l’art des pleurs. Toujours est-il que j’ai eu la chance d’affronter mes premiers mois de solitude dans un univers relativement stable et sécurisant.
Jai été adoptée   Témoignage bebe
Allez les gars, s’il vous plaît, venez me chercher! On dirait pas comme ça, mais je suis sympa en vrai!


L’adoption, une nouvelle naissance


Mais très vite, j’ai eu la chance d’être adoptée. Je suis donc née une deuxième fois. (C’est mon côté Jésus, je suis tellement géniale que je renouvelle l’expérience histoire que l’humanité se rende compte de la chance qu’elle a de me compter parmi les siens).
Des gens que je ne connaissais pas ont décidé de me sauver. Des inconnus ont choisi de m’aimer, de me choyer, de m’élever. Et c’est ainsi qu’a commencé la plus belle histoire d’amour de ma vie. Je pense sincèrement que notre rencontre, fruit d’un hasard absolu, fut un coup de foudre. D’aucun diront que « ce fut comme un heurt en pleine poitrine ». Je n’en sais rien, j’étais bébé.
Mais je crois que nous nous sommes adoptés. L’amour qui nous unit est indescriptible. Je n’ai pas à le juger plus ou moins fort qu’un amour « biologique ». Je sais juste que nous nous complétons. Ma mère ne m’a certes pas portée dans son ventre pendant neuf mois mais cela ne change rien. Mes parents m’ont attendue encore plus longtemps et m’ont désirée peut-être plus fort que s’ils m’avaient eu naturellement. Nous sommes conscients de la chance que nous avons de vivre une aventure incroyable. Je me dis très souvent que le destin m’a offert une chance que je n’ai pas le droit de gâcher. Je suis condamnée – ô malheur ! – à profiter pleinement d’une vie qui aurait pu être tout autre, et certainement bien pire.
Jai été adoptée   Témoignage partyhard
Et comme ça, j’ai une excuse toute trouvée pour faire la fête ! Pas folle la bête !!

Laissons X tranquille


Concernant mes parents biologiques, je ne ressens aucun besoin d’information. Je ne leur en veux aucunement. Au contraire, je trouve courageux qu’une femme ayant porté un enfant neuf mois dans son ventre ait l’honnêteté de le confier à d’autres pour lui offrir une vie meilleure. Je ne connais pas les raisons de son choix, je me garde de la juger et préfère me dire qu’elle a fait ce qui était le mieux pour tout le monde. Elle ignorait ce qui m’attendait, mais elle se savait incapable de me l’offrir et je l’en remercie. Je ne sais pas si à sa place j’aurais eu le courage de cet aveu de faiblesse.
Souvent, quand je partage cette histoire avec des ami-e-s, la question la plus fréquente concerne mon désir d’informations. Je comprends qu’il soit difficile d’envisager qu’on puisse ne pas vouloir savoir. Mais c’est mon cas. Ma vie actuelle me satisfait pleinement et je n’ai pas besoin de la combler avec une quelconque vérité que je juge aussi inutile que potentiellement décevante. Alors voilà, je m’accorde parfois le droit de rêver à une ascendance royale (ça c’est en général après une chute un peu lamentable du genre oubli malencontreux de trois marches dans un escalier bondé. Je me ressaisis, lève la tête, et de mon port altier je méprise mes spectateurs en pensant au sang bleu d’un pays lointain et merveilleux qui coule dans mes veines) ou à des gènes de savant fou (besoin de reconnaissance intellectuelle, tout ça tout ça). Mais en vrai, j’aime ma vie, la vraie.
Je ne vis pas cette histoire comme un abandon. Il a eu lieu, c’est certain. Mais je ne veux pas de ce mot dans mon histoire. Je crois qu’il était un mal nécessaire qui m’a permis de vivre la vie qui m’appartient et que je n’échangerais contre rien au monde. J’ai la chance d’avoir des parents formidables, une famille incroyable et des amis fantastiques. Je refuse de tout gâcher avec un mythe fondateur douteux et illusoire.
Jai été adoptée   Témoignage juno   
Et puis, je suis sûre que moi aussi, c’était d’un ensemble «sweat-bordeaux-bandana-en-éponge-jaune-affreux» dont on a voulu me protéger.


Let’s talk about happiness


Mon adoption n’a jamais été un tabou. Depuis mon arrivée, mes parents m’ont toujours dit la vérité. Ils ont suivi le conseil intelligent des psychologues qu’ils avaient consultés pendant la procédure d’agrément et je les en remercie. J’aurais certainement très mal vécu d’apprendre la nouvelle d’un seul coup. J’ai toujours connu mon histoire, elle a toujours fait partie de moi. Elle est une part de celle que je suis et j’en suis fière. Ainsi, je n’ai aucun mal à en parler. J’ai même tendance à être tellement à l’aise avec le sujet que mes interlocuteurs sont parfois décontenancés.
C’est ainsi que je me permets un petit conseil. Si parmi vous certain-e-s envisagent d’adopter, par pitié, parlez-en avec votre enfant. C’est son histoire tout autant que la vôtre et il a le droit, sinon le besoin, de savoir. Je peux vous promettre qu’il vous sera éternellement reconnaissant de cet aveu. Dans mon cas, je n’hésite jamais à parler de mes doutes ou à poser mes questions concernant l’adoption à mes parents. J’estime que je leur dois bien ça et que c’est une condition sine qua non à la relation de confiance qu’ils ont choisi d’instaurer au début de notre histoire.
Cependant, je suis tout à fait consciente que mon histoire n’est pas universelle. Non pas que toutes les autres adoptions se passent mal, au contraire (et heureusement !), mais des milliers de facteurs entrent en jeu. La loi encadre la procédure, mais rien n’assure l’osmose entre les différents acteurs. Oui, il est plus facile de vivre son adoption sans encombre quand on est de la même couleur de peau que ses parents. Ce n’est pas nous que ça dérange, mais les remarques pertinentes d’un gamin de sept ans qui pointe son index accusateur à la sortie de l’école avec un « Eh, mais c’est même pas ta mère ! Vous n’avez pas la même peau ! » ne sont pas toujours facile à vivre. De même, les fameuses questions existentielles qui apparaissent à l’adolescence peuvent aussi être une étape à franchir. On peut aussi avoir vécu une enfance si compliquée que le futur est un fardeau. C’est une histoire d’amour, elle ne répond donc à aucune règle.
Mais mon témoignage n’est pas un modèle. Je ne prétends aucunement m’exprimer au nom de tous les enfants adoptés. Fière de mon histoire, forte de mon expérience et portée par l’amour de mes parents, j’entends simplement affirmer que l’adoption reste une histoire incroyable. Oui, l’Amour est partout et parfois il réserve d’excellentes surprises.

dimanche 3 mars 2013

La journée d'hier

s'est terminée en présence de 5 de nos nièces. Rien que cela.

Il faut dire qu'avec le début des vacances, nous étions quasi assurés de trouver tout ce petit monde chez ma Belle-Maman.

Les 3 grandes se sont mises en mode "sortie" avec tous les questionnements liés à la tenue, la couleur du maquillage, les garçons qui seraient présents ou non. Tout cela sans oublier de répondre aux textos qui arrivaient en rafale sur les portables.

Après leur départ en fanfare, nous avons pu profiter des 2 dernières. Nous avons eu droit à la robe de princesse accompagnée de talons, à l'inventaire des poupées Monster High, les cheveux longs ont été nattés,  Tonton a été grondé pour avoir taquiné les petites ce qui les a bien fait rire d'ailleurs. A table, Tata a pu tester son pouvoir de conviction et j'ose dire que je m'en suis plutôt bien sortie avec la négociation.

Mon moment préféré? Celui du coucher sans aucun doute. Après la mise en pyjama et le brossage des dents, elles se sont fourrées sous la couette et je me suis fait plaisir ... en leur lisant une histoire. La plus grande était fatiguée et ses yeux se fermaient au fur et à mesure des pages qui défilaient. La plus petite écoutait avec attention et n'attendait qu'une seule chose: ponctuer l'histoire à grand renfort de Ahhhh ou de Ohhhh. Au moment d'éteindre la lumière, elle a bien tenté le stratagème de la grande soif, mais finalement elle a bien du comprendre que je ne me laisserais pas avoir, car j'ai pu quitter la chambre tranquillement.

Oh je ne suis pas dupe. Je sais bien que les fripouilles ne sont pas toujours aussi conciliantes, et qu'elles ont été mignonnes pour faire plaisir à leur Tata. Mais au moins, j'ai pu leur donner un peu de mon attention, et elles ont pu en profiter. Elles n'imaginent pas à quel point j'ai hâte de leur présenter leur cousin(e)... Vivement  que nous puissions observer tout ce petit monde évoluer ensemble ...

vendredi 1 mars 2013

Recroquevillée à l'intérieur,

dans un mécanisme de défense maximum. Voilà dans quel état je suis. Rien que cela.

2 jours de migraine insoutenables m'ont conduite vers un rendez-vous express avec mon ostéopathe. C'est avec soulagement que j'ai franchi la porte de son cabinet après une journée difficile à supporter.

Dès les premiers instants, elle a compris qu'elle allait avoir du travail. Et la séance l'a confirmé. Tout est tendu, tout est comprimé. Ma tête plus que tout. Elle et moi, nous nous connaissons bien. Nous avons donc inévitablement évoqué l'attente, mais aussi mes crises d'angoisse, mon irritabilité, la pression au travail, mon sommeil troublé moi qui suis plutôt marmotte...

Et c'est là qu'elle m'a lâchée cette description si criante de vérité me concernant: recroquevillée à l'intérieur. Cela m'a fait un choc tant l'image m'a parue coller à ma peau. Sans que je me sois rendue compte que c'était à ce point. A force de toujours faire semblant, on en oublie à quel point ce que nous vivons est difficile, à quel point nous en bavons. A force de veiller à ne pas trop nous plaindre, nous finissons par imaginer que tout va bien et qu'il est normal d'attendre tant de temps pour que notre BabyChou pointe le bout de son nez.

Alors je me suis laissée aller entre ses mains pour que les tensions quittent ma boîte crânienne douloureuse. Elle a réussi à me soulager face à l'urgence de ma demande, mais nous avons tout de suite convenu de nous revoir dans une dizaine de jours. Car il n'est pas question que BabyChou se retrouve avec une FutureMaman  complètement repliée sur elle-même! Comme dirait mon amie Patou, il est grand temps de mettre un coup de pied au fond de la piscine pour retrouver un peu la fille gaie et rigolote qui se cache depuis trop longtemps derrière son masque "je vais bien, tout va bien"...

Et vous, quel remède avez-vous utilisé pour lutter contre le poids de l'attente sur le moral et le physique?