
Plus précisément, il m'aura fallu une semaine pour me replonger dans ce témoignage qui m'a bouleversée. Bouleversée au point de me dire qu'il fallait que je quitte la salle sous peine de m'effondrer. Bouleversée au point de faire le chemin vers la maison noyée par les larmes, secouée par des sanglots. Mes sanglots.
Mon coeur de FutureMaman a été mis à rude épreuve face à cette enfant adoptée devenue adulte, ayant acceptée de nous raconter son histoire. Sans faux semblant, en toute transparence. J'ai eu mal pour mon enfant, je me suis sentie impuissante, j'ai eu envie de lui dire combien nous l'aimions déjà, combien nous l'aimerions toujours.
Voici quelques idées relevées au cours de l'intervention:
- S. a toujours su qu'elle était une enfant adoptée, tout comme son grand frère. Ses parents leur ont toujours dit, et ce depuis leur arrivée dans la famille, elle avait alors 2 ans. Mais elle explique qu'elle n'a réellement compris qu'à l'âge de 7 ans ce que signifiait être adoptée suite à une émission entendue à la radio.
- Lors de son questionnement sur sa mère biologique, S. était très inquiète à l'idée que ses questions puissent raviver la douleur de l'enfant biologique chez sa mère adoptive. Elle se réfrénait donc pour ne pas la blesser.
S. ne s'autorisait pas à penser autrement que "je ne veux pas retrouver ma mère". Elle préférait l'idée que sa mère biologique était morte, plutôt qu'elle l'ait abandonnée. Lorsque l'acte d'abandon fût vérifié à la lecture de son dossier, elle n'a pas eu de jugement négatif: pour la première fois, elle a senti de l'apaisement, elle qui se traînait une sorte de tristesse depuis des années.
- Les idées de l'abandon de l'enfant & du désir d'enfant sont remontées au cours de sa 1ère grossesse. Le fait de devenir mère était un sentiment mélangé entre le bonheur et le questionnement sur sa propre histoire. Elle ne comprenait pas comment sa mère biologique avait pu se séparer d'elle. Lorsque sa fille a atteint l'âge exact qu'elle-même avait lors de l'abandon, elle a ressenti exactement ce qu'elle avait vécu au moment de son abandon. Alors que jusqu'à présent, elle n'en avait aucun souvenir car elle n'avait que 2 ans et 3 mois ...
- S. a alors choisi de faire une thérapie qui a duré 5 années au cours desquelles, il en est ressorti qu'elle avait des choses à dire à sa mère biologique pour pouvoir avancer. Le déclic lui a été donné par ses parents qui lui ont dit qu'ils étaient prêts à l'accompagner. S. ayant été adoptée en tant que pupille de l'Etat, elle a pu accéder à son dossier. Sa profession lui a permis également d'en savoir plus que ce qu'il contenait également. Lorsqu'elle a pris la décision de faire le dernier pas à peine 48 heures après, elle avait retrouvé sa mère.
- S. décrit cette rencontre comme un réel voyage physique alors qu'elles n'étaient finalement séparée que de quelques dizaines de kilomètres! Elle s'y est rendue accompagnée par son mari et ses parents biologiques et raconte qu'elle a reconnue sa mère biologique qui se trouvait dehors à ce moment-là! S. confie n'avoir ressenti aucune émotion au moment de la rencontre; qu'elles sont venues après coup contrairement à ceux qui l'accompagnaient.
- S. a rencontré sa grande soeur. A ce moment, elle a vu ce à quoi elle avait échappé grâce à l’adoption: la misère sociale. Mais elle dit aussi qu'elle s'est reconnue pour la 1ère fois de sa vie. Elle s'est sentie très fière d'être allée jusqu'au bout. Elle précise bien que cette rencontre a été suivie qu'une période d'euphorie -euphorie vécue par tous les enfants qui retrouvent leurs parents biologiques- mais que cette période ne dure pas.
- S. a dit une phrase essentielle à mes yeux: nos parents sont nos parents adoptifs. Mais elle ne s'est sentie bien dans sa tête et dans son corps que lorsque le passé a rejoint le présent. Elle dit que cela l'a réparée. Elle a eu besoin d'aller jusqu'au bout pour avoir une grande estime de soi, même si elle dit avoir toujours été valorisée et entourée par ses parents adoptifs.
- La démarche doit se faire lorsque la colère est apaisée sous peine que la rencontre soit un échec. Grâce à ses démarches, S. a permis a son frère de faire le même parcours vers leur mère biologique: ce n'était pas sa demande initiale, le résultat en fût donc pas positif car il était encore en colère. Il demandait des explications à sa mère biologique auxquelles elle ne pouvait apporter de réponses. Elle dit également que les parents adoptifs doivent être là pour ouvrir la porte, c'est essentiel.
- S. avoue qu'elle a des réflexes de protection liés à son vécu. Que ce vécu laisse des cicatrices, qu'il lui manque 2 années de sa vie. Les parents adoptifs ne doivent pas chercher à réparer les années que l'enfant a vécu sans eux, ils ne le peuvent pas.
Cette rencontre fût organisée par l'EFA de notre département. Et c'est grâce à l'association "la voix des adoptés" que j'ai pu percevoir que ce pouvait être l'adoption vécue par l'enfant, et plus précisément par une enfant pupille de l'Etat sans différence ethnique avec ses parents adoptifs.
Ce témoignage, aussi difficile soit-il à entendre, est un témoignage positif. Cette jeune femme va bien, elle est heureuse en couple, mère de 3 enfants. Elle dit bien que OUI les enfants adoptés vont bien. Et que si besoin, leur association est là pour que les enfants comprennent qu'ils ne sont pas seuls, qu'ils peuvent trouver des interlocuteurs adultes ayant vécu la même chose qu'eux.