mercredi 6 février 2013

"Mariage pour tous ... et adoption pour personne?

Article paru dans l'Express, rédigé par Julien Jourdan, enseignant-chercheur et père de 2 enfants nés au Vietnam.


" C'est une des ces étrangetés de la vie politique et médiatique française: la question de l'adoption pour tous a atteint l'épicentre des débats au moment où elle est en passe de devenir sans objet. Car après un recul de moitié des adoptions internationales en à peine six ans, il est devenu quasiment impossible d'adopter un enfant en France. 

Que s'est-il passé? La guerre et la misère ont-elle subitement reculé dans le monde? Les enfants ont-ils cessé d'être les victimes de sociétés en explosion démographique, rongées par le sous-développement et ravagées par les conflits locaux? Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est à peu de choses près le discours des autorités de notre pays... La fécondité baisse, les abandons d'enfants reculent, les systèmes de protection sociale s'améliorent et l'adoption par les citoyens locaux se développe: voilà le monde rêvé dépeint par le Secrétaire Général de l'Autorité Centrale pour l'Adoption Internationale dans un récent rapport. 
L'adoption internationale en chute libre

Ce dernier se garde bien, pourtant, de donner des chiffres précis ou de faire connaître ses sources. Car la réalité sur le terrain est, il faut le craindre, bien plus sombre. Ceux qui ont le coeur bien accroché pourront par exemple lire le récent rapport de l'ONG canadienneTerre des Hommes sur la situation des orphelinats du Vietnam, pays où l'adoption adoption internationale s'est brutalement interrompue il y a quelques mois. Il faut lire comment les enfants, placés dans des bâtiments vétustes, sans personnel adapté, médicament ou jouet, sont rasés pour éviter la propagation des poux. Il faut connaître ce pays et l'amour qui y est porté aux enfants pour deviner, entre les lignes, la situation de précarité extrême qui affecte désormais ces orphelinats. Il faut enfin faire preuve de courage et s'interroger sur le sort de ceux qui, faute de place, pourraient rester à la porte d'institutions sans ressources. 

Se pourrait-il qu'il n'y ait tout simplement pas chez nous suffisamment de parents candidats à l'adoption? Posez la question aux 24 702 candidats agréés qui attendent aujourd'hui d'adopter un enfant en France. Au rythme actuel, ceux qui n'auront pas jeté l'éponge auront peut-être un espoir à un horizon de dix ans. 

Les Italiens adoptent désormais deux fois plus que nous 

S'il n'y a pas moins d'enfants abandonnés et toujours plus de parents désireux d'adopter, comment expliquer que l'adoption internationale soit en chute libre? Il faut d'abord constater que si le recul est particulièrement brutal en France, ce n'est pas le cas partout. Il suffit pour s'en assurer d'observer la progression des adoptions internationales chez nos voisins italiens qui, à population comparable, adoptent désormais deux fois plus que nous. 
"Tandis que mariage s'ouvre à tous, l'adoption se ferme à tous"

Il faut aussi se rappeler que monsieur Raffarin avait fixé, alors qu'il présentait en 2005 la réforme instaurant l'Agence Française de l'Adoption (AFA), un objectif de doublement des adoptions internationales. Difficile de nier le constat d'échec, confirmé en 2011 par un rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales. La réaction des pouvoir publics se fait attendre. A l'évidence, ce n'était pas un sujet pour la précédente majorité; rien n'indique que cela ait changé. 

Les pays d'adoption eux sont pressés de signer la Convention de la Haye de 1993. C'est la mondialisation normative décrite par le sociologue américain John Meyer. Un pays "respectable" ne confie pas ses enfants à des étrangers; c'est embarrassant sur la scène internationale. Un pays "respectable" met en avant l'adoption par les ressortissants nationaux; qu'importe si ces derniers n'en ont pas les moyens. Un pays "respectable" se dote de procédures lourdes et compliquées; qu'il n'existe pas d'administration suffisamment structurée pour les faire appliquer est un détail. 

La France est à leurs côtés, car il en va du respect des valeurs universelles. En quoi devrions-nous nous inquiéter que des orphelinats auparavant financés par l'adoption internationale périclitent, que des tout-petits soient abandonnés à un sort incertain? Naïveté diront certains. Indifférence rétorqueront d'autres. Autre chose? 

Alors oui: tandis que mariage s'ouvre à tous, l'adoption se ferme à tous. 

Bien sûr, nul ne peut se prévaloir d'un droit à adopter: l'intérêt supérieur de l'enfant doit toujours primer. Ce principe ne saurait souffrir d'exception. 

Est-ce bien le cas? "


Pas vraiment surprise à la lecture de cet article, bien qu'un peu inquiète tout de même ...


6 commentaires:

  1. l'intérêt supérieur de l'enfant, mon oeil.. il est où l'intérêt de l'enfant en devant rester dans un orphelinat qui manque de personnel et d'argent jusqu'à l'âge où son adoption deviendra pratiquement un miracle vu l'âge ou il sera rendu.. ce ne sont que des mots pour nous faire croire que tout va bien, rien de plus parce qu'il ne faut pas se leurer, même si on dit que tout va bien, ce n'est pas le cas du tout!

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  2. Je haie cette phrase 'pas de droit à l'enfant' mais ce débat n'a jamais lieu ! les postulants à l'adoptions ont juste le droit à des souhaits mais jamais on ne nous dit c'est votre droit. Alors arrêtons avec cette remarque à la C.. qui semble clore tout débat. Pour moi ce sont les personnes qui n'ont pas bien étudié les conditions qui sortent cette phrase lue un jour quelque part et qui fait intelligent.
    Je pense que le principal problème est l'image. L'image que nos pays ont de ces pays où l'on peut adopter. Une image qu'ils ont voulu épurer en faisant des protocoles 'propres' (les démarches en individuel l'étaient aussi pour la majorité) qui ne correspondent pas au fonctionnement de ces pays et qui bloquent tout.
    Quel déchirement quand on désire faire le bonheur d'un enfant d'en savoir autant en attente dans des conditions difficiles et qu'un Convention carcan empêche nos bras d'en bercer un...
    bise
    Séverine

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  3. J'ai lu cet article hier soir... Si je n'ai pas été surprise, j'ai été un rien effrayée, ces chiffres m'ont donné le tournis! Il est vrai que chez nous, en Belgique, on constate un allongement certain des procédures, mais il ne me semble pas qu'autant de candidats restent à la porte... Je m'interroge et m'inquiète pour les adoptants dans 5 ou 10 ans car assurément, cela ne va pas aller en s'arrangeant...

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  4. C'est pas gai en effet !!!!
    Bisous, Laure

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  5. c'est triste de savoir des petits dans des structures qui n'ont pas les moyens de les rendre heureux alors qui a tant de parents en puissance qui ne demandent qu'à les rendre heureux pourquoi ? bisous odile

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  6. démoralisant tout simplement! nous faisons parti des quelques 24000 et des brouettes parents en attente! depuis heu....un bon nombre d'années maintenant! Alors oui à la protection de l'enfant et à tout mettre en œuvre pour qu'il puisse rester auprès de sa famille, Oui au Mariage pour tous, mais le débat est il là ? Quand on voit que l'adoption en France est quasi nulle et qu'en même temps des familles d'accueil de plus en plus nombreuses élèvent jusqu'à leur majorité des enfants qui ne seront jamais adoptables! çà me mets en colère! tout simplement! Pour nous et tous ceux qui attendent mais surtout pour eux! quel image de la famille donne-t-on à tous ces enfants ?

    Bon WE
    Anne-Lise

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